George Weah a laissé à Yaoundé bien plus que quelques buts et un palmarès en devenir

Au Tonnerre Kalara Club, son histoire commence au quartier Cité Verte, bloc C, dans un appartement devenu, avec le recul, une adresse de légende : le n°606, logement mis à disposition par les dirigeants du club. Au pays des Lions Indomptables, c’est là que le futur Ballon d’Or mondial a posé ses valises, menant une vie simple, presque anonyme, loin des projecteurs qui allaient bientôt l’accompagner partout.

Dans ce décor de béton et de poussière rouge, la famille Bessala fait partie de ceux qui peuvent dire : « Nous avons eu George Weah comme voisin. » Henriette se souvient d’un jeune attaquant poli, disponible, qui croisait les habitants de la Cité Verte sans jamais jouer la star. Les souvenirs remontent en cascade : des salutations dans les couloirs, quelques échanges au pied de l’immeuble, l’image d’un joueur déjà très appliqué, concentré sur sa progression. Maxwell, autre voisin de palier, n’a pas non plus effacé de sa mémoire ce passage singulier : voir, au quotidien, celui qui deviendra le seul Africain sacré Ballon d’Or, au détour d’un escalier ou en route pour l’entraînement.

Il faut ensuite quitter la Cité Verte pour prendre la direction de Mvog Ada, fief historique du Tonnerre Kalara Club. Dans ce quartier qui respire le noir et blanc, l’histoire de Weah se raconte encore à la première personne. Essomba, sexagénaire et supporter de toujours, déroule le fil des matches, des tribunes bouillonnantes et des exploits d’un jeune numéro venu du Liberia, rapidement adopté par le public de Yaoundé. Dans ses mots, on retrouve cette manière très France-Football de mêler détails concrets et souvenirs précis : l’ambiance, les chants, les gradins qui s’embrasent à chaque accélération du buteur.

Plus institutionnel, mais tout aussi précieux, le témoignage du Dr Essomba Mani, ancien président du TKC, apporte un éclairage de l’intérieur. Il a « pratiqué » George Weah au quotidien, l’a vu grandir sous le maillot noir et blanc, observer, écouter, travailler. À travers son regard, se dessine le portrait d’un joueur déjà très professionnel, exigeant avec lui-même, qui utilisera le Tonnerre comme un véritable tremplin. À la manière des portraits publiés dans L’Équipe ou France Football, ces voix concordent : avant de conquérir l’Europe et le monde, Weah a d’abord appartenu à un quartier, à un club, à une ville qui l’ont vu passer sans toujours mesurer l’ampleur du destin qui l’attendait.

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